Fais-moi confiance - Chapitre 1 (pages 18 à 34)

mai 13, 2018

Je me laisse tomber sur le canapé brun du salon et je pose mollement mes pieds sur la table basse. Je ferme les yeux un instant, repensant à tout ce que j’ai fait aujourd’hui. Il est déjà quatre heures de l’après-midi et je n’ai pas arrêté depuis six heures ce matin. J’ai gardé la plupart des meubles de ma grand-mère, qui sont encore tout à fait convenables, mais j’ai installé mes propres décorations, ma vaisselle et toutes mes choses.

J’aperçois le cadre abritant la photo de ma sœur dans la boite à mes pieds. Je le sors pour le poser sur la cheminée. Il sera parfait là. Je plonge mes yeux dans son regard vert. Personne n’y a jamais vu la fougue que j’y vois. Elle a le même visage délicat que moi. Avec ses cheveux bruns aux reflets roux lissés au fer plat, son teint de pêche et sa posture irréprochable, elle pouvait bien avoir l’air d’un ange! Un ange cornu, je glousse intérieurement. Ah, chère Anyssa! Tu me manques tellement, si tu savais!

Soudain, une odeur absolument divine m’enivre presque instantanément. Sur le coup, je reste surprise, mais à la deuxième bouffée, je sens mes pupilles se retourner dans mes paupières. C’est tout simplement sublime. Sucré, à la fois doux et intense, floral peut-être. Et puis, plus rien.

« Tu dis non. »

Je fronce les sourcils à cette pensée étrange qui s’incruste sans aucune raison dans mon esprit. Je n’ai pas le temps de m’y attarder que mon téléphone cellulaire sonne. Je reconnais la sonnerie.

— Salut, toi, je réponds.

— Hé! Comment ça va, mon beau bébé?

— Je me sens un peu seule, je taquine.

Je l’entends glousser à l’autre bout du fil.

— Tu aimerais que je passe faire un tour après le travail?

« Tu dis non! »

Je choisis d’ignorer cette intuition étrange que je dois lui dire non. Après tout, m’amuser un peu ce soir me fera le plus grand bien et Jamie n’est pas dangereux.

— Je t’attendrai pour souper.

— D’accord, à plus tard.

Je raccroche, souriante et pétillante de joie.

« Il ne restera pas pour souper. »

Possible, alors tant pis.

J’ai toujours eu une intuition très forte. Parfois, sans comprendre pourquoi, je sais à l’avance certaines choses comme celle-là. Des détails, rien qui va changer le monde, mais tout de même pratiques. Dans la famille de mon père, nous avons tous hérité du don de voyance. Je n’y fais pas exception. C’est pourquoi je sais que ça existe d’ailleurs, et pourquoi je sais qu’on ne peut pas en faire un métier.

Puisqu’il ne mangera pas avec moi, je ne me casserai pas la tête à faire un souper. S’il s’avère que je me suis trompée et qu’il reste, je pourrai toujours faire quelque chose en vitesse. Après tout, Jamie n’est pas mon petit ami. C’est seulement un gars que je vois de temps à autre, pour le sexe rien de plus. Il faut dire qu’il est très doué pour ça, et ça me convient. Je ne suis pas le genre de fille qui aime être en couple. Je suis plutôt du style solitaire. J’ai besoin de mon indépendance et de ma liberté. Toutefois, je suis humaine et après un certain temps, ce sont les hormones qui commandent.

Je prends une douche, sèche mes longs cheveux bruns et enfile un jeans noir avec une jolie camisole couleur bordeaux. Je finis par m’endormir sur le divan en l’attendant. J’ai l’impression que ma sieste n’a duré que quelques minutes lorsque la sonnette retentit.

Je replace vite fait quelques mèches avant d’ouvrir à Jamie. Il est appuyé contre le cadre de la porte, portant une chemise blanche dont le bouton du haut est resté détaché et un jeans délavé. Il sait être si sexy! Ses cheveux bruns en bataille retombent sur son front. Il a un visage doux, un air innocent accentué par des yeux noisette, mais un regard séducteur et passionné absolument torride qui donne envie de déchirer ses vêtements pour s’offrir à lui.

Son sourire s’illumine lorsqu’il me voit.

— Tu es toujours aussi belle, toi! s’exclame-t-il en m’agrippant sauvagement par la taille.

Il m’embrasse brutalement en claquant la porte. Ses lèvres se pressent fortement contre ma bouche! D’un geste soudain, il me plaque contre la fenêtre derrière lui. Ses doigts se délectent impatiemment de toutes les courbes de mon corps, et je l’entends expirer de satisfaction.

— Tu m’as manqué, lâche-t-il entre deux baisers.

Je glisse mes bras autour de son cou, empoigne ses cheveux avec ma main tandis que je réplique, tout aussi affamée de lui.

— Tu n’avais qu’à m’appeler.

Il soulève ma camisole.

— Tu veux que je te prenne là, ici?

— Tu n’oseras pas!

— Ne me mets pas au défi, menace-t-il en me regardant dangereusement.

Je souris. J’adore le mettre au défi. Nous deux, ça a toujours été comme ça, féroce, animal, mais ça se limite à une très forte attirance physique. En dehors de ça, nous ne sommes qu’amis.

— Tu as faim? je demande.

Il secoue la tête.

— Je ne reste pas longtemps. C’est qu’il y a de la route d’ici à chez moi.

— Alors tu vas te contenter de me prendre là, sur le pas de la porte, et repartir?

Il glousse en baissant brièvement les yeux. Sa main glisse le long de mon bras jusqu’à la mienne qu’il prend pour m’attirer dans ses bras.

— Tu me montres ta chambre?

— À l’étage.

Il recule langoureusement en m’entraînant vers l’escalier. Il s’écarte afin de me laisser passer devant lui et aussitôt, il m’attrape pour m’appuyer contre lui, pressant ses paumes sur ma poitrine tandis qu’il m’embrasse dans le cou. Je sens son érection sur mes fesses. Je pince ma lèvre inférieure entre mes dents tant je me souviens de la sensation. Non seulement Jamie sait bouger, mais il est béni des dieux en ce qui a trait à la taille de son membre.

Dès que nous franchissons le seuil de ma chambre, il me plaque contre le mur, emprisonne mes poignets entre ses doigts au-dessus de ma tête tandis que son autre main se glisse entre mes jambes. Il me caresse par-dessus le tissu de mon pantalon, tout en m’embrassant passionnément. Ses dents se referment sur ma lèvre. Mes hanches partent à sa rencontre et je lâche un gémissement de plaisir. Oh, j’avais tant besoin de ça ce soir!

Brusquement, il me tire vers le lit au-dessus duquel il me penche pour retirer mes pantalons. Je sens ses lèvres effleurer tout mon dos pour aller déposer un baiser sur mes fesses tandis qu’il baisse ma petite culotte en dentelle noire transparente. Je retiens mon souffle, sachant ce qui m’attend lorsque ses dents mordent délicatement la peau de mes fesses.

Il tend sa main vers le tiroir de ma table de chevet qu’il ouvre.

— Toujours au même endroit, hein? murmure-t-il à mon oreille en souriant tandis qu’il sort mes menottes.

Il les place aussitôt autour de mes poignets, passant la chaine entre les barreaux de ma tête de lit.

— J’aime te voir comme ça! gronde-t-il contre ma nuque tandis que sa main descend le long de ma colonne vertébrale.

D’une main sur mon ventre, il relève mon bassin. Ses doigts s’immiscent alors entre mes cuisses pour aller stimuler mon clitoris. Mes poings se resserrent dans les draps tant je m’imprègne de cet engourdissement qui s’empare de mon corps. Mes jambes se ramollissent, et il continue. Puis ses mains agrippent mes hanches, ses doigts s’enfonçant délicieusement dans ma peau. Sa paume caresse doucement mes fesses et lorsque je ne la sens plus, je ferme les yeux en retenant mon souffle, anticipant ce que je sais qu’il fera. Il claque légèrement ma fesse et j’étouffe un grognement dans mon oreiller.

Il ne me fait pas mal du tout, il ne me ferait jamais de mal, mais c’est une sensation incroyablement excitante qu’il m’a fait découvrir lorsque je l’ai connu. Un délicieux pincement qui ne fait qu’amplifier le plaisir à un point qu’il m’est difficile de comprendre, mais je ne m’en passe plus depuis. Il a simplement su m’offrir ce que je ne savais pas que je recherchais chez un homme.

Et puis sa langue vient caresser l’épiderme sensibilisé de mes fesses. Il glisse ses lèvres jusqu’à mon anus. Je mords mes lèvres en gémissant.

— Oh, tu aimes ça, hein? lâche-t-il.

Il embrasse mon anus, laissant sa langue lécher entre mes fesses.

— Oui! je m’écrie.

Il le sait très bien. Et moi, je le connais, il aime ça aussi. Au départ, je trouvais ça un peu bizarre, mais j’ai appris à apprécier. Il faut dire qu’il sait s’y prendre.

Sa main descend jusqu’à mon clitoris, qu’il masse avec ses doigts tandis qu’il me lèche derrière. Je gémis et me laisse porter par le plaisir qu’il me procure.

— Tu es vraiment très belle, toi, me dit-il en me caressant.

Puis il me retourne sur le dos, tordant mes poignets l’un sur l’autre, écarte mes jambes pour me détailler de haut en bas et il soupire.

— Oh, oui, regarde-moi ça!

Il effleure mes mamelons de ses doigts, descend ses mains jusqu’à mon entrecuisse, puis se penche et embrasse le point le plus sensible de mon anatomie. J'émets un gémissement. Sa langue caresse gentiment et je laisse le plaisir envahir mon corps. Ses lèvres tirent sur ma vulve avec une succion sensuelle et je pousse un nouveau cri. Il lâche un gloussement de satisfaction, puis continue. Tout mon corps s’anime! J’agrippe les barreaux de mon lit entre mes mains. Mon dos se cambre et il empoigne mes fesses de ses mains, entrant sa langue à l’intérieur de moi où il décrit des cercles, encore et encore. Ma température corporelle augmente.

Puis il remonte jusqu’à mon nombril, qu’il embrasse, prenant mes seins entre ses doigts. Ses pouces roulent autour des pointes tandis qu’il sème un chemin de baisers jusqu’à ma poitrine. Et, d’une main habile, il détache mes poignets. Il se dresse sur ses genoux au-dessus de moi. Je me redresse pour descendre ses jeans le long de ses jambes bronzés et libérer son érection. Il est si beau! Il n’a pas une carrure très imposante, mais il prend soin de son corps et ça paraît. Il m’aide à retirer ses pantalons avant de se replacer.

Moi, je me positionne sur mes genoux. Je glisse mes mains tout autour de sa taille en appréciant la définition de ses muscles, lui adressant un regard révélateur. Puis je lèche son gland tandis qu’il passe ses doigts dans mes cheveux en soupirant de bonheur. Il n’y a rien de plus excitant qu’un homme qui jouit pour moi! J’aspire son membre dans ma bouche, suçant le bout seulement. Son souffle s’accélère. Ma main remonte l’intérieur de sa cuisse et je lève les yeux pour apercevoir son sourire ainsi que ses yeux pétillants. Il sait ce que je vais faire et il adore ça.

Je me rapproche de sa fourche et je lui donne une petite claque, juste assez pour provoquer un pincement stimulant. Ses jambes se tendent et son bassin tressaute. Sa mâchoire crispée laisse échapper un grondement au travers d’une respiration erratique et bruyante. Son membre durcit dans ma bouche et ma langue le caresse de haut en bas.

— Encore, bébé! demande-t-il.

Alors j’en donne une deuxième sur l’autre cuisse et il lâche un cri, envoyant sa tête vers l’arrière et empoignant solidement mes cheveux dans un élan de jouissance. Je caresse sa verge de ma main tandis que je suce de plus en plus fort. Après un moment, il porte sa main sous mon menton pour me signaler qu’il veut que j’arrête.

Je me relève pour arriver à sa hauteur. Il m’embrasse avant de me retourner sauvagement et me pencher au-dessus du lit.

— Tu sais ce que je veux, bébé!

Je bombe les fesses vers lui. Je ne peux retenir un sourire tant j’aime quand il fait ça. Il peut avoir l’air si doux, si innocent. Pourtant, je n’ai jamais rencontré d’homme aussi intense que lui. J’ai même longtemps cru qu’il l’était trop pour moi. Parfois c’est le cas d’ailleurs, mais il s’adapte.

Il maintient fermement mon bassin en place tandis qu’il s’enfonce très lentement dans mon vagin, me laissant me languir de la prochaine sensation. Puis il ressort pour entrer à nouveau, prenant un rythme régulier. Son pouce lubrifié de salive caresse mon anus. Il entre seulement le bout.

— Tu m’excites, gronde-t-il.

Il accélère ses coups de reins, saisissant mon bassin à deux mains. Puis elles remontent le long de mon corps, jusqu’à ma poitrine. Je me redresse pour appuyer ma tête sur son épaule, poussant mes seins dans ses mains. Ses pouces en stimulent efficacement les pointes et je me laisse aller aux sensations qui s’intensifient.

— Tu es tellement bandante! murmure-t-il à mon oreille, son souffle chatouillant ma nuque.

Il enroule mes cheveux dans sa main et me force à le regarder pour m’embrasser, laissant ses dents frotter contre mes lèvres. J’émets un soupir tandis que son grognement provoque un frisson irrépressible, aussitôt assouvi par un coup de reins. Il accélère encore la cadence et je retombe sur le lit, m’abandonnant complètement lorsque mon corps se met à convulser. L’orgasme monte en moi. Tout mon intérieur se contracte autour de son pénis. Et lui, sa respiration devient intense, bruyante.

— Oui! crie-t-il comme il se lâche en moi.

Nous jouissons ensemble. Il ralentit, mais ne s’arrête pas tout de suite. Il se retire toujours lentement, me laissant me remettre graduellement de toutes ces émotions. Puis il s’agenouille derrière moi et, fidèle à son habitude, écarte mes genoux pour lécher tendrement. Je pousse un faible gémissement de satisfaction. C’est si gratifiant, si doux! Je me doute qu’il le fait pour me faire plaisir et non par plaisir, or il n’en laisse rien paraître.

Ensuite, il s’étend à côté de moi. Son pénis est encore dur et ruisselant de ma jouissance. Je déteste ça, mais je sais que lui adore. Je descends pour tout nettoyer avec ma langue. Il gronde en soupirant et je sens son plaisir dans tout son corps, ses jambes, ses bras qui se tendent et ses poings qui se referment dans les draps.

Lorsque je m’allonge à côté de lui, son bras m’entraîne contre son torse. Son cœur bat la chamade dans sa cage thoracique. Je glisse mes doigts sur la peau de son ventre, dont j’apprécie la douceur autant que la chaleur. Il prend une grande inspiration, resserrant fortement son étreinte, et puis embrasse mon cuir chevelu.

Après quelques minutes, il se redresse, visiblement à contrecœur.

— Tu vas vraiment rester ici?

— Pourquoi est-ce que tout le monde en est surpris?

Il glousse.

— Pas surpris, déçu. C’est loin de la ville. Loin de moi.

— Tu trouveras quelqu’un d’autre en un rien de temps.

— Pas comme toi.

Je souris en me tournant vers lui, perplexe.

— Qu’est-ce que j’ai de si spécial?

Il se lève et ramasse ses vêtements, semblant réfléchir à sa réponse. J’enfile mon pantalon tandis qu’il boutonne sa chemise.

— Tu es comme moi, dit-il simplement en haussant les épaules.

Oui, c’est bien ce que j’apprécie chez lui aussi. Il sait ce que j’aime et il aime la même chose. Il sourit en s’approchant quand tout à coup, la lumière oscille dans la pièce. Il reste légèrement surpris, mais puisque ça n’a rien d’anormal dans une vieille maison comme celle-là, il n’y prête pas plus attention. Il fait un nouveau pas vers moi et soudain, un énorme coup retentit dans le plafond, provenant du grenier. Je sursaute et reste raide comme une planche tant mes muscles sont tendus. Jamie regarde autour d’un air légèrement inquiet.

— C’était quoi, ça? demande-t-il.

— C’est une vieille maison, je justifie.

J’essaie de me convaincre moi autant que lui, là. Évidemment, il ne sait rien des activités de ma famille ni de mes dons. Il me prendrait pour une folle. Il hoche donc la tête en haussant les sourcils.

— Je ne vois vraiment pas comment tu peux arriver à dormir ici.

Une grimace déforme son visage.

— Est-ce que ça va?

— Ouais. Je me sens bizarre tout à coup.

— Comment ça?

— Non, rien. La salle de bain est par là? s’informe-t-il en pointant la porte de la salle de bain adjacente.

Je hoche la tête en réponse, ramassant ma camisole sur le sol. Tout à coup, un bruit fracassant retentit, comme de la vitre qui éclate.

— MERDE!

Je me redresse d’un bond en entendant Jamie s’écrier de surprise.

— Kyla, qu’est-ce qui se passe dans cette foutue baraque!

J’accours aussitôt dans la salle de bain, où je vois des morceaux de verre joncher le plancher et éparpillés dans l’évier et sur le comptoir.

— Qu’est-ce que tu as fait? je l’interroge en remarquant les coupures sur ses bras.

— Rien du tout! Le miroir a juste éclaté.

Je reste perplexe devant la scène à laquelle j’assiste, sans savoir quoi en penser. Les miroirs, ça n’explose pas tout seul. Et si je ne savais pas ce que je sais sur cette maison, je ne le croirais probablement pas. Cependant, Jamie n’est vraiment pas quelqu’un au tempérament agressif et je ne crois pas qu’il soit responsable de ce dégât. Décidément, il y a quelque chose ici. Il faudra que j’éclaircisse tout ça, avant de me mettre au lit.

Il ouvre l’évier afin de nettoyer les égratignures sur sa peau.

— Tu veux du désinfectant? je demande.

— Non, ça va. Désolé pour ton miroir.

— Ce n’est pas grave, je le rassure tandis qu’il sort. Ma grand-mère en gardait plusieurs au grenier pour... enfin pour son travail. Je le remplacerai tout à l’heure.

— Tu es sûr que tu ne veux pas rentrer avec moi à Boston, au moins jusqu’à...

Il s’interrompt et se tourne vers moi, perplexe.

— Quelle sorte de travail faisait ta grand-mère?

J’évite son regard et je lui réponds que ce n’est pas important tout en déclinant poliment son offre.

— C’est toi qui sais. Je dois y aller. Je te téléphone?

— Oui, à plus!

Il se penche pour me donner un dernier baiser. Je pose ma main sur sa mâchoire pour l’embrasser à mon tour. S’il y a bien un côté que je déteste de notre arrangement, c’est celui-là. Il repart toujours trop rapidement, alors que j’aurais besoin d’un peu plus de tendresse. Mais bon, j’imagine qu’on ne peut pas tout avoir.

Et je reste là, à étudier les dommages tandis qu’il sort de la maison. Je m’avance au centre de la pièce afin d’en sentir les énergies. Parfois, lorsque je me concentre suffisamment, j’arrive à mettre des sentiments dessus, souvent des images, et ainsi, je peux les déchiffrer et savoir ce qui s’est passé. Je vois Jamie entrer. Il franchit le seuil de la porte, ouvre le robinet et aussitôt, la glace éclate autour de lui. Il sursaute en s’écriant, protégeant son visage de ses bras, qui ne sont pas épargnés par le verre. Vraiment étrange...

Je sors chercher un balai et une pelle poussière et je ne peux m’empêcher de m’assurer que la porte du grenier est bel et bien fermée. Comme s’il y avait quelque chose là-haut que je voulais y enfermer. Je n’aime pas du tout les bruits que j’entends depuis mon arrivée et je dois avouer que j’ai un peu peur en ce moment. Je songe à cette dizaine de miroirs que Célina utilisait lors de séances de spiritisme avec ses amies médiums. C’est qu’elles étaient braves! Moi, je n’aurais jamais osé! Toutes les images terrifiantes qui peuvent s’y manifester! De toute façon, je peux me passer de glace dans ma chambre.

Je me dépêche de ramasser tout ça, puis je m’étends dans mon lit, heureuse de finalement pouvoir me reposer après cette journée de fou. Mes paupières se ferment lentement et je me sens bien. J’ai étrangement un sentiment de sécurité totale.

Tout est noir autour de moi. J’entends la voix de ma sœur.

— Esprit, si tu es là, réponds-nous.

— Anyssa...

— Je sais, je le sens aussi.

J’ouvre les yeux et je regarde autour de moi. Nous sommes toutes les deux au grenier. Nos index et nos majeurs réunis sur un verre de vitre au centre d’un carton que nous avons fabriqué, avec les lettres de l’alphabet, les chiffres de zéro à neuf, les mots oui et non, ainsi qu’au revoir, inscrits dessus.

— Quel est ton nom? demande Anyssa.

Quelques secondes s’écoulent avant que le récipient ne se mette à bouger. Il ne va pas sur des lettres ni sur un mot, il se déplace tout simplement.

— Quel est ton nom? répète Anyssa.

La lettre O. Je lâche le verre pour l’écrire sur une feuille de papier. La lettre R, puis P, ensuite H, à nouveau le O, le R et pour finir le A et le T. Le verre revient maintenant dans l’espace vide. ORPHORAT.

— Ton nom est Orphorat?

OUI.

— Es-tu un bon esprit?

NON.

Je recule brusquement, tous les muscles de mon corps tendus. Mais Anyssa se met à rire. Elle ne semble pas le prendre au sérieux.

— Qui étais-tu lorsque tu étais vivant?

Aucune réponse.

— Où vivais-tu?

Toujours aucune réponse.

— Il est parti? je suppose.

Les lumières oscillent dans la pièce et Anyssa sourit. Il est toujours là.

— As-tu déjà été humain?

NON.

J’ai peur. Je n’aime pas ça du tout. Les hantises non humaines sont généralement reliées à une activité démoniaque.

— Fais-le partir, Anyssa!

— Non, attends.

Anyssa se met à rire.

— Si tu voyais ta tête! Il se moque de nous, tu vois bien.

— Je ne crois pas. Je ne ressens rien de bon en lui.

Elle lève les yeux au ciel en soupirant et hausse les épaules en poursuivant.

— Sais-tu qui je suis?

A. N. Y. S. S. A.

— Anyssa, j’ai peur. Arrête ça tout de suite!

— Ne fais pas ton bébé, Kyla. Que veux-tu, Orphorat?

T. O. I.

Cette fois, le sourire d’Anyssa s’efface et je distingue de la peur.

— Je n’ai pas peur de toi.

Ma sœur reste forte. Elle sait qu’elle ne doit pas montrer sa peur à un esprit. C’est alors que le verre se met à bouger frénétiquement sur le carton, de gauche à droite, encore et encore, il tournoie partout.

— Lâche-le, Anyssa! Arrête!

Je crie, mais elle ne m’écoute pas. Soudain, un livre s’envole et frappe ma tête.

— AÏE!

Je hurle, autant de douleur que de peur. Cette fois, c’est réellement dangereux. Ce n’est pas un fantôme. C’est un démon. Ça se voit à son agressivité, à la force dont il peut faire preuve. Les revenants ont besoin de beaucoup trop d’énergie pour faire bouger des objets ainsi.

— C’est moi qui contrôle! avertit-elle l’esprit. C’est moi le maître de la séance et je te commande de te calmer. Tu n’as pas le droit de nous faire du mal.

Les lettres défilent sous le verre et je m’empresse de les écrire.

JE VAIS REVENIR TE VOIR CETTE NUIT.

Tout à coup, le verre vole hors des mains d’Anyssa et elle sursaute. Elle se jette dessus et le remet en place à toute vitesse. Or il est sans doute déjà trop tard.

— Pars maintenant! ordonne-t-elle.

Plus rien. Brusquement, ses bras se tendent. Elle se met à rire incontrolablement. Ses mains tremblent énergiquement. Le récipient éclate.

— Anyssa?

Ses jambes se raidissent et elle tombe à la renverse sur le dos, raide comme une planche. Elle ne peut pas s’arrêter de rire.

— Anyssa!

Son regard est vide, ses paupières ne bougent même plus et sa bouche reste grande ouverte. On dirait qu’elle tente de respirer. J’agrippe ses épaules pour la réveiller, mais ses mains empoignent mon cou et elle m’étouffe. Je n’arrive plus à prononcer un son. Des larmes coulent le long de mes joues. Ce n’est pas ma sœur. La chose se sert de son corps et je ne veux pas faire de mal à Anyssa.

Je lui assène finalement un coup au ventre qui me libère et je me précipite au deuxième. Je tire sur la porte du grenier afin de l’ouvrir, or elle résiste. Je parviens à me faufiler dans la petite ouverture et je lâche un hurlement de douleur lorsqu’elle se referme sur mes doigts.

Je suis dans les escaliers. Je pleure. Ma voix est aiguë, elle tremble lorsque j’appelle Célina en hurlant.

— Grand-mère! Grand-mère!

Je la revois sortir de sa chambre en enfilant son peignoir. Je parviens tout juste à mettre mes pensées en mots. Je n’ai qu’à prononcer le mot ouija et elle accourt au grenier.

Je reste là, à attendre, à écouter le moindre son. J’entends crier, mais je ne comprends pas ce que dit ma grand-mère. Il y a beaucoup de mouvements et de bruits. J’ai peur. J’ai l’impression que je vais mourir. Que je ne reverrai jamais ma sœur et ma grand-mère.

Puis je suis dans ma chambre, qui donne sur la cour arrière. Anyssa et moi, nous couchons dans la même pièce cette nuit-là. Nous avons trop peur pour rester seules. Elle a un sommeil agité. Elle n’arrête pas de se retourner et de gémir.

À notre réveil, son corps est couvert de marques. Des égratignures, des brulures dans son dos, sur son ventre, ses bras.

— Ça brûle, se plaint-elle en tremblant.

Le décor se fond subitement et je suis à nouveau dans le grenier. Grand-mère est assise sur une chaise de bois. Elle dessine sur une table. Elle ne regarde pas la feuille, elle fixe le vide, droit devant elle. Elle est comme en transe. Son bras gauche est mou, mais le crayon dans sa main est tenu bien fermement. Elle fait de l’écriture automatique. J’essaie de lire les gribouillages, cependant je n’y comprends rien.

— Que nous veux-tu? demande Célina.

Elle obtient une réponse qui lui fait peur.

— Tu n’as pas autorité en ce monde. Quitte cette maison, je te l’ordonne.

Son ton est calme, mais autoritaire. La réponse est claire.

CHIENNE.

Je recule et je regarde autour de moi en tentant de voir l’esprit. Un miroir est placé devant elle. Elle veut savoir à qui elle a réellement affaire. Une silhouette s’y forme. Je ne saurais dire si elle est humaine. On jurerait un homme qui porte une toge, masquant son visage. C’est tellement sombre que je ne comprends pas. Mon reflet apparaît alors dans la glace et j’ai l’impression de me trouver face à lui.

Je me retourne vers ma grand-mère. Elle n’est plus là. Mais sur le papier, une note.

JE REVIENS POUR TOI.

Je hurle en ouvrant les yeux et je me redresse sur mon lit, pantelante. Mes cheveux emmêlés pendent le long de mon visage en sueur. Ma respiration est bruyante et remplie de larmes. Ce n’est pas la première fois que je fais ce cauchemar. Pas étonnant, après une séance de spiritisme aussi intense et traumatisante! Je n’ai plus jamais touché au monde occulte depuis ce temps. Chaque technique qu’employait ma grand-mère était une nouvelle porte qu’elle ouvrait à l’au-delà, aux démons. Une porte qu’elle ouvrait directement sur son corps.

Que ce soit le ouija, l’écriture automatique, ou toute autre méthode plus ou moins avancée, elle invitait un esprit à utiliser son corps pour communiquer avec elle. Elle lui permettait de posséder une partie d’elle-même. C’est sans doute parce qu’elle était très expérimentée qu’elle pouvait les empêcher de prendre entièrement le contrôle de son corps, et qu’elle arrivait à les faire repartir. Mais c’était toujours un risque.


 

Fais-moi confiance - Chapitre 1 (Page 5 à 17)

mai 6, 2018



Chapitre 1

Je franchis le seuil de cette vaste maison ancestrale de style victorien et je ne peux m’empêcher de lâcher un soupir de nostalgie. Voilà si longtemps que je n’avais pas remis les pieds ici! Cet endroit renferme tant de souvenirs de nos étés passés avec ma grand-mère!

Je me tiens là, devant ce massif escalier tournant en bois d’érable qui s’élève jusqu’au deuxième étage, où se trouvent les quatre chambres à coucher. Je me revois encore glisser le long de ...


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stéphanie Cholette Depuis que je sais écrire je rédige des histoires. Il y a quelques années j'ai commencé à les publier. Sur ce blog je vous proposerai gratuitement certains de ces romans. Suivez-moi sur Facebook pour savoir quand de nouveaux extraits seront disponibles!

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