Bonjour!


Voici un court extrait de mon prochain roman, Portée disparue, qui paraîtra le 3 février prochain. N'hésitez pas à partager en grand nombre! Bonne lecture!


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Chapitre 2

 

Et voilà que je termine ma deuxième semaine à l’emploi de l’hôtel Murray. Je peux honnêtement dire que je commence à bien m’établir dans la place. Toutefois, la bonne entente que j’avais avec Lisa au départ est définitivement chose du passé. Toute la semaine, elle s’est acharnée à trouver la moindre petite erreur que je commettais. J’ai presque l’impression qu’elle ne m’aime pas beaucoup et qu’elle regrette de m’avoir engagée.

 

Je marche avec Lou en traversant un parc. Pour la première fois depuis longtemps, je ne crains plus de croiser Gavin. Je ne l’ai plus revu depuis la dernière fois, je ne m’attends pas à le rencontrer de nouveau. De toute façon, le temps commence à faire son œuvre et je passe à autre chose. Mon cœur est toujours brisé, et chaque fois que je sors, je prie encore pour ne pas le voir. J’aurais peut-être dû prier pour que Lou ne croise pas un autre beagle qui lui ressemble en tout point.

 

Dès qu’il l’aperçoit, mon chien s’élance, me prenant par surprise, en me contournant par-derrière pour me faire tourner sur moi-même et tomber en pleine figure dans une flaque de boue. La femme qui promène l’autre beagle est elle-même traînée par son chien qui rejoint le mien. Les deux se sentent tandis que je me relève.

— Est-ce que ça va? s’informe-t-elle.

— Oui, merci.

Nous laissons nos chiens faire connaissance, puis nous reprenons notre chemin. Sauf que moi, je rentre directement chez moi pour prendre mon bain et me changer.

 

Alors que je laisse ma tête glisser dans la mousse au parfum de fleurs des champs, le téléphone de maison retentit. Je débats intérieurement sur l’idée de sortir pour répondre ou non, puis je me dis que si c’est important, ils rappelleront. Comme le répondeur prend l’appel, je reconnais la voix de mon père. Je me félicite de ne pas m’être dérangée.

 

Je me connais, il m’aurait fait son discours et j’aurais cédé. Ce n’est pas le moment! Je commence tout juste à me relever, je ne suis pas assez solide pour lui permettre de revenir dans ma vie d’aucune façon que ce soit. C’est encore la même rengaine, il n’a pas changé. Il se demande pourquoi je ne l’ai pas rappelé. Pourtant, il sait très bien pourquoi. Il ne comprend pas pourquoi je refuse de l’écouter et il prétend que cette fois, c’est réellement important.

J’arrive au bureau en ce lundi matin en me répétant que tout va bien aller, que la semaine sera meilleure que la dernière. D’ailleurs, il n’y a pas que du négatif, Jérémy et moi avons dîné ensemble pratiquement tous les jours. Nous sommes même devenus amis.

 

Je traverse le hall d’entrée, remarquant immanquablement cette euphorie dans l’air. L’excitation est palpable et je me demande à quoi c’est dû. J’ai ma réponse très rapidement lorsque je vois Lisa marcher d’un pas pressé. Je l’arrête en chemin pour me renseigner.

- Un client extrêmement important arrive à l’hôtel demain. Il est actionnaire et participera à une réunion avec les propriétaires. Je vais être claire, nous avons absolument besoin de plus de financement! Ce qui signifie que tout doit être parfait, irréprochable, impeccable, et je manque de qualificatifs.

- C’est bon, je vois le portrait.

- Ne me décevez pas, Angéline!

- C’est promis.

 

Bon, voilà qui me met légèrement de la pression pour aujourd’hui. Je me rends immédiatement à la réception pour vérifier la réservation dans le système. Chambre quatre cent quatre, Adam Grant. Demande spéciale, aucun voisin. Adam Grant, ce nom me dit vaguement quelque chose. Comme je réfléchis à haute voix devant l’ordinateur, Nora arrive à côté de moi.

- Un important homme d’affaires dans la trentaine, précise-t-elle.

Je me tourne vers elle. Son regard devient charnel lorsqu’elle ajoute, fixant l’écran avec les yeux brillants :

- Un célibataire très en vue.

Puis elle se ressaisit en se tournant vers moi. Elle me dévisage rapidement de la tête aux pieds, hausse les épaules et s’éloigne. J’espère qu’elle ne me créera pas de problèmes. Je n’ai vraiment pas besoin de ça.

 

Je passe la matinée à me renseigner sur cet homme afin d’en apprendre plus sur ses habitudes, ses goûts. Selon ce que je lis, il est connu pour ses déclarations froides et insensibles. Il aurait notamment répondu à des rumeurs voulant qu’il ait une liaison avec une actrice en disant qu’elle n’était pas assez belle pour lui. Il n’a jamais vraiment eu de petites amies, que de courtes fréquentations, des femmes que personne ne connaît. Bourreau de travail, il est plutôt féroce en affaires. Il ne fait jamais de cadeau. Autrement dit, si les propriétaires veulent du financement, il exigera quelque chose en retour.

 

Je me rends dans le bureau de Jérémy afin de lui montrer mes recherches. Je le trouve en compagnie de son père, Douglas Murray, et de Lisa. Ils sont justement en réunion à ce sujet. Je pose timidement mon dossier sur son bureau en lui laissant savoir qu’ils pourraient négocier ce dont ils ont besoin en ne cédant que dix pour cent des parts. Madame Jones soupire, puis se lève en m’entraînant à l’extérieur.

 

- Écoute, tu ne travailles pour nous que depuis deux semaines et, pour le moment, je dois dire que je ne suis pas très impressionnée par tes performances. C’est très sérieux tout ça, nous ne pouvons pas perdre cet investisseur et tu n’es pas qualifié pour...

- Mais je...

- Non! Notre situation ne nous permet pas de céder plus de parts justement. Mais nous comptons sur toi pour faire voir à monsieur Grant qu’il s’agirait d’un bon investissement et que ses parts actuelles prendront de la valeur. Alors, impressionne-le! Ça, c’est ton travail. Laisse-nous faire le reste.

- Lisa, il ne se fera pas avoir par du tape-à-l’œil.

 

Mon commentaire ne lui plaît visiblement pas. Son expression devient sévère et elle se contente de m’ordonner de me remettre à mes tâches quotidiennes avant de retourner à sa réunion.

- Et assure-toi de tenir les journalistes à l’écart!

Je pousse un soupir et je me dis que c’est tant pis pour eux. Mais en même temps, je ne veux pas que Jérémy ait des problèmes.

 

Je jette un coup d’œil vers le bureau avant de repartir. Je le vois en train de feuilleter mes recherches. Si ça se trouve, il comprendra par lui-même. Je reprends donc mes tâches quotidiennes, en tentant de calmer mon équipe. Je ne crois pas à la performance sous pression.

 

Au moment où Nora revient de son dîner et reprend la réception, Jérémy arrive dans le hall, sortant tout juste de la réunion avec son père et Lisa. Il a les traits tirés et de petits yeux fatigués. Juste à le voir, j’ai presque mal à la tête pour lui.

- Hé! me salue-t-il. Tu viens manger?

- Bien sûr! Longue matinée?

- Je veux juste sortir d’ici!

 

Nous nous rendons au restaurant habituel et je l’écoute me raconter sa réunion.

- J’ai l’impression que ma tête va exploser! Au fait, merci pour tes recherches, ce sera très utile.

- C’est que je me suis dit que vous auriez une meilleure base pour établir les négociations.

- En effet. Mais ne parlons plus de boulot! Qu’as-tu fait de ton week-end?

- Je suis allée marcher avec Lou, j’ai fait mes courses, écouté les émissions que j’avais enregistrées. Je suis restée plutôt tranquille en fait.

- C’est bien comme ça.

- Et toi, tu as fait quelque chose de spécial?

- Je suis sorti avec des amis vendredi soir. Sinon, pas vraiment. Il faudrait qu’on se voie en dehors du bureau un de ces jours.

- Ce serait peut-être une bonne idée, je réponds en rougissant.

 

Son sourire illumine son visage et je commence à me demander si c’est une bonne idée en réalité. Je ne suis pas certaine des sentiments que j’éprouve pour lui, mais je vois bien que ses intentions ne sont pas qu’amicales. Puis il y a le fait qu’il est mon patron. Mais je ne peux ignorer que j’aime passer du temps avec lui et que je tiens à lui.

 

Je passe l’après-midi à préparer l’arrivée de monsieur Grant afin que tout soit parfait. J’ai du mal à me concentrer avec toute cette excitation dans l’air. Je ne suis pas la seule à tout mettre en œuvre. Les employés ont reçu l’ordre du grand patron lui-même de nettoyer les moindres recoins de l’hôtel.

 

Je choisis de me coucher tôt ce soir-là pour être à mon meilleur demain matin. Donc après un repas léger, je me glisse dans un bain moussant afin de me détendre et de mieux dormir. J’obtiens l’effet escompté et je sombre dans le sommeil en moins de deux.

 

Ce matin-là, j’enfile un ensemble gris avec une chemise blanche. Je tourne le fer plat dans mes cheveux afin d’y laisser de belles boucles et j’opte pour un maquillage léger. Voilà je suis prête pour affronter le grand méchant loup!

 

J’arrive juste à temps pour la réunion convoquée à la dernière minute par Lisa. Elle me prend à part pour résumer de quoi il s’agit, puisqu’en tant que superviseure, je dois me tenir à ses côtés. Ils veulent seulement rappeler aux employés l’importance capitale de ces clients, c’est-à-dire monsieur Grant, ses assistants ainsi que le deuxième investisseur de la firme, dont le nom ne me dit rien. Vladimir Herera.

 

- Monsieur Grant arrivera ce midi, commence Lisa en s’adressant à tous les employés, ses associés aussi, mais monsieur Herera ne sera ici que demain matin, puisque la réunion n’a lieu qu’en après-midi. Si on vous pose des questions, qui que ce soit, vous n’avez pas l’autorisation de répondre. Nous ne voulons pas que les journalistes aient quoi que ce soit à se mettre sous la dent par notre faute, alors taisez-vous!

Je me rends compte que la nervosité de Lisa lui a fait oublier un point important, donc je prends la parole dès qu’elle a terminé :

- Monsieur Grant doit constater de lui-même que le service que nous offrons est digne des plus grands hôtels de luxe, que nous n’avons rien à envier aux autres chaînes de renommées. Notre mission à tous est de lui faire comprendre qu’un bel avenir nous attend. Nous n’y arriverons pas sans vous, c’est un travail d’équipe, alors nous comptons sur vous pour mettre de côté toutes vos disputes, toutes vos plaintes, et pour vous comporter avec un professionnalisme irréprochable.

 

Nous terminons, puis je suis Lisa dans le couloir. Elle me murmure en grinçant des dents :

- En parlant de professionnalisme, tu pourrais montrer l’exemple justement.

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

- Je ne t’ai pas demandé de t’adresser aux employés, qu’est-ce qui t’a pris?

- Je suis superviseure, je fais mon travail. Je croyais que c’était pour cette raison que vous m’aviez engagée.

- Je commence à le regretter justement. J’espère que tu me prouveras que je n’ai pas fait d’erreur.

- Je suis désolée.

- Enfin, ce qui est fait est fait. Assure-toi d’être prête pour la réunion de demain.

- Quoi? J’y serai?

- Tu noteras absolument tout ce qui se dit, mais surtout, tu te tais! Tu te fais le plus discrète possible. Ça paraît bien d’avoir plusieurs personnes autour d’une table, c’est tout. Ne me déçois pas.

- C’est promis.

 

Je la laisse continuer son chemin, alors que moi, je tourne dans le couloir de gauche afin de me rendre à la réception. Je m’arrête un instant pour reprendre mon souffle. Moi? Assister à cette réunion? Mais qu’est-ce qui lui prend de me demander ça? Je n’ai rien à y faire, je ne vois pas ce que ma présence ajoutera. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas tellement le choix, et me voilà avec une immense pression sur les épaules qui semble vouloir m’écraser sous son poids.

 

Je me ressaisis lorsque j’arrive à la réception. Je remarque aussitôt la chemise de Nora, qui n’est pas complètement boutonnée. En fait, elle laisse entrevoir un peu trop de chair. Je comprends qu’elle cherche à attirer l’attention de monsieur Grant, or c’est quelque peu inapproprié. Je me charge donc de lui rappeler que son apparence doit être impeccable. Elle me répond d’un haussement d’épaules et repart sans obéir.

 

Je gronde intérieurement, sauf que j’ai vraiment autre chose à faire.

- Quelqu’un a vérifié la chambre de monsieur Grant ce matin? je demande en me connectant à l’ordinateur.

- Je l’ai fait moi-même, répond-elle avec un sourire qui ne m’inspire rien de bon.

Je m’arrête aussitôt et je me tourne vers elle pour jauger son regard malhonnête. Je ne lui fais aucunement confiance.

- Envoie quelqu’un d’autre.

- Personne n’est disponible avant au moins un quart d’heure et monsieur Grant devrait arriver d’une minute à l’autre.

 

Je soupire. Je vois, j’irai moi-même dans ce cas. C’est sans doute préférable d’ailleurs. On n’est jamais mieux servi que par soi-même et, dans ce cas-ci, je ne peux pas me permettre d’erreur.

 

J’entre donc dans la chambre en utilisant mon passe-partout, que je replace ensuite dans ma poche tandis que je jette un premier coup d’œil aux alentours. J’ai bien fait de venir! Les draps sont tout défaits sur le lit. Je me dépêche de tout replacer parfaitement, lissant le couvre-lit et gonflant les oreillers. C’est alors que j’entends un faible bruit d’eau couler dans la salle de bain.

 

Je me redresse d’un bond, débattant intérieurement sur la possibilité que Nora ait délibérément laissé un robinet ouvert ou que... Non!

 

Je m’approche lentement de la salle de bain lorsque la porte s’ouvre. La surprise me propulse au sol. Un homme s’immobilise net devant moi, complètement nu, sa peau encore ruisselante, ses cheveux trempés qu’il était justement en train de sécher à l’aide d’une serviette dans sa main droite. Je suis là, sur mes fesses, la bouche grande ouverte, incapable de cesser de le fixer. Il ne se couvre même pas.

 

Le V de ses hanches laisse comprendre la force de son pelvis fraîchement rasé. Je voudrais dire que je n’ai pas regardé , mais c’est impossible. Il est vraiment très bien équipé, et je regrette presque qu’il soit au repos. Mais à quoi m’attendais-je? Je n’ai rien pour lui faire le même effet qu’il fait à toutes les femmes.

 

Il est si sexy qu’il éveille un désir bestial en moi, au point où je pourrais oublier toutes convenances et me jeter dans ses bras, juste là. Juste à m’imaginer tout le plaisir qu’il pourrait me procurer avec ça, ça me donne des frissons et me rappelle à quel point il y a longtemps que je n’ai rien fait et à quel point ça me manque! Ça me fait rougir de la tête aux pieds. Ma peau devient humide tant il fait très chaud tout à coup.

 

Comme mon cerveau se reconnecte, je lève les yeux vers son visage. Un seul sourcil rehaussé semble attendre impatiemment une explication, tandis que son sourire se moque de moi effrontément. Je parviens à reprendre le contrôle de mon corps pour me remettre debout en détournant le regard. Je me rappelle sa réputation d’homme au cœur de pierre, complètement inatteignable. Là, en ce moment, ces deux qualificatifs sont très faciles à oublier.

 

- Inutile de vous cacher ainsi, lance-t-il, je crois que vous avez déjà tout vu.

Oh, waouh! Ça, c’était direct et ça me gêne d’autant plus. Je tente de prendre sur moi et de me retourner vers lui sans adresser le moindre coup d’œil à ses hanches. En fait, il vaudrait même mieux que je ne louche pas jusqu’à son abdomen parfaitement musclé, point. Alors je puise toute la force que j’ai en moi et je verrouille mes yeux dans les siens.

 

Oh! Mauvaise idée! Il s’avère que son regard est extrêmement intimidant et je me sens soudainement toute petite, toute tremblante. Lui s’amuse clairement de la situation, refusant toujours de se couvrir.

- Je suis désolée, monsieur Grant, je croyais que la chambre était vide.

- J’ai pourtant avisé votre réceptionniste que je ne voulais pas être dérangé.

 

Je dois prendre une grande inspiration et tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de prononcer le moindre mot, puisque ce que j’ai envie de dire en ce moment est tout sauf professionnel.

- Encore une fois désolée. Je suis la nouvelle superviseure et je n’ai pas parlé à la réceptionniste avant de venir. J’aurais dû et je m’en excuse.

- Cessez de vous répandre en excuses, vous m’ennuyez. Et puis vous avez clairement apprécié le spectacle, alors ne venez pas prétendre que vous êtes désolée.

 

Je reste figée sur place à son commentaire. S’il n’était pas un client si important, je l’aurais remis à sa place en un rien de temps avant de claquer la porte derrière moi. Mais là, l’avenir de l’hôtel est en jeu et je ne peux pas me permettre de perdre mon sang froid. Ça va aller, j’ai eu une bonne formation, j’ai de l’expérience, je peux gérer ça!

 

- Je verrai à ce que vous ne soyez plus dérangé. Y a-t-il autre chose que je peux faire pour vous?

Il se dirige jusqu’à son lit.

- Je vois qu’on ne m’a toujours pas apporté mes valises. J'ai besoin de mes vêtements.

- Ce sera fait dans la seconde!

- Je vous attends.

 

Moi? Non, en fait, ce serait plutôt au bagagiste de... Je soupire intérieurement. Le client souhaite que ce soit moi qui monte ses valises, donc ce sera moi.

- Il y a un peignoir derrière la porte de la salle de bain, je lui apprends avant de partir.

Une façon discrète de lui demander d’être vêtu à mon retour. Je referme la porte délicatement derrière moi, puis j’expire longuement tout le soulagement qui me gagne en sortant de cette chambre. Je n’ai aucune envie d’y revenir, aucune envie de le revoir, mais j’ai cru comprendre que je n’ai pas le choix.

 

Rapidement, le soulagement fait place à la colère. J’aurais deux mots à dire à Nora à ce sujet! Sauf que je l’ai dit moi-même, pendant les deux journées où ces invités de marque seront parmi nous, il faut laisser de côté les différends qui nous divisent. Je ferais un bien mauvais exemple d’aller lui crier tous les noms qui me passent par la tête en ce moment. C’est plutôt évident qu’elle l’a fait exprès et qu’elle m’a tendu un piège parce qu’elle veut que je perde mon emploi. J’espère seulement que monsieur Grant ne parlera pas de cet incident. Autrement, Nora pourrait bien avoir réussi son coup.

 

Je reviens dans sa chambre avec ses valises, que je ne fais que déposer dans l’entrée. Heureusement, je n’ai pas revu monsieur Grant. Je tente alors de reprendre le cours de ma journée en oubliant cette mésaventure.

 

Ça devient très difficile, puisque je revois continuellement cet Adonis sortir de la salle de bain. Dans mes souvenirs, j’ai l’impression que toute la buée humide explose derrière lui, la douce lumière angélique de la salle de bain l’entourant comme un halo divin. Je m’imagine comme je serais bien, blottie dans les bras d’un homme aussi fort, aussi séduisant.

 

Je secoue la tête pour me replonger dans mes papiers, mais son regard me revient. Il semblait pouvoir rejoindre mon âme. Mes doigts se déposent mollement sur mon clavier comme mon esprit s’égare loin, très loin, dans sa chambre, sur son lit, son corps nu par-dessus le mien, son pénis pénétrant lentement en moi tandis qu’il me regarde comme il l’a fait plus tôt.

 

Je peux presque ressentir les frissons sur ma peau à cette simple pensée. Soudain, je suis interrompue par quelqu’un qui cogne à ma porte. Je tressaute et réalise qu’une série de lettres incohérentes ont été entrées dans mon document.

- C’est ouvert, je réponds à la personne qui frappe.

Un employé de l’accueil pousse la porte pour m’annoncer que la journaliste pour l’entrevue de monsieur Grant est arrivée.

- Ah oui! J’ai fait préparer la chambre déjà. Avez-vous avisé monsieur Grant?

- C’est fait.

- Parfait.

 

Je me lève pour retrouver la femme à la réception et la guider jusqu’à la chambre où aura lieu l’entrevue. La jeune rousse au teint laiteux, vêtue d’une jupe bleue et d’un veston assorti, s’avance vers moi d’un pas anxieux.

- Bonjour! Je suis Angéline Peters, je vous conduis à monsieur Grant.

- D’accord, merci!

- Vous êtes nerveuse?

- Un peu! Il paraît qu’il est plutôt direct.

Je roule des yeux intérieurement, mais ne montre rien du tout à la femme. En réalité, je lui souhaite bonne chance. Elle en aura sans doute besoin.

- Vous l’avez rencontré? demande-t-elle.

- Nous nous sommes croisés.

- Comment est-il? Je veux dire, est-il aussi sexy en vrai qu’en photo?

- Vous le saurez bien assez tôt, je lui réponds en poussant la porte de la salle, lui souriant poliment.

La jeune femme m’adresse un sourire et entre en prenant une grande inspiration.

- Vous avez besoin de quelque chose? je m’informe.

- Un verre d’eau, s’il vous plaît.

Elle est manifestement très nerveuse. Je me retourne pour aller lui chercher une bouteille d’eau fraîche et me retrouve nez à nez avec monsieur Grant lui-même. Son regard se fige instantanément sur le mien et je cesse complètement de respirer.

 

Mais aussitôt, il dévie son attention vers la journaliste qui marche vers nous.

- Bonjour, monsieur Grant, je...

- Je suis très pressé, l’interrompt-il. Je n’ai que cinq minutes, alors ne traînons pas.

- Je comprends. Je suis moi-même un peu serrée dans mon horaire aujourd’hui et on dirait que tout arrive pour me retarder, raconte-t-elle en riant nerveusement.

- Ce sont des choses qui arrivent, répond sèchement Adam Grant.

- J’ai d'ailleurs eu un petit accident avec ma voiture en venant ici.

- C’est vraiment triste. Sauf que nous n’avons pas le temps d’en parler.

 

Et voilà, la froideur de cet homme a encore frappé. Je me tourne vers lui, abasourdie par l’insensibilité dont il peut faire preuve. Je me ressaisis comme je réalise qu’il me regarde et que mon expression n’est pas très discrète quant à ce que je peux penser de lui en ce moment.

- Vous avez raison, répond la journaliste. Je suis désolée.

Le regard d’Adam Grant reste rivé sur le mien encore une longue seconde avant de se tourner vers la femme. Il prend une grande inspiration avant de préciser.

- Je n’ai pas voulu vous froisser, seulement je suis pressé. C’est pour cette raison que je n’accorde normalement pas d’entrevue de dernière minute.

 

Je pose deux bouteilles d’eau sur la table à côté d’eux, puis je sors, confuse. Je reste devant la porte un moment, réfléchissant à ce qui vient de se passer. Pourquoi s’est-il excusé à cette femme soudainement? Ça ne lui ressemble vraiment pas. Il me regardait comme si je lui avais fait comprendre que son comportement me choquait, mais plus encore, comme si mon opinion de lui était importante à ses yeux.

 

Je dois sûrement me tromper.

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